Plaid – Greedy baby (2006, Warp)

Publié le par Ether

    Il y a de ces albums qu’on attend avec une impatience infinie, et qui vous procurent une excitation subite et intense dès la première note. Une forme d’addiction que le corps avait oubliée, et qui se réveille violemment… Flashback : Primavera sound, festival barcelonais, été 2004 : Plaid sur la scène se déchaîne dans un flot de lumière, les murs du pueblo espagnol sont trop petits pour ce son qui s’envole dans les airs à une allure vertiginieuse, je danse, je danse, je danse, à l'air libre et sous un ciel qui me paraissait immense mon corps s’en est donné à cœur joie, tant et si bien que plusieurs personnes l’une après l’autre se présentent à moi, persuadées que j’ai pris une quelconque substance… Et bien non, c’est l’effet Plaid !
    Aujourd’hui Plaid ne se contente pas seulement de nourrir nos oreilles, mais nos yeux en prime, avec un DVD, fruit d’une collaboration de 4 ans avec le vidéaste Bob Jaroc, qu’on commentera en même temps que les images, car c’est ainsi qu’ils ont été conçus, comme deux inséparables. Visite guidée vers des mondes étranges…  Le premier titre, War dialer, est un amuse-gueule, une simple introduction. Un anneau de huit sphères rose bonbon réagit en même temps qu’une cascade de numéros automatiques est composée. Une petite recherche d’informations sur le site du vidéaste, softloader.com, nous apprend que c’est une référence directe aux effractions digitales des hackers. Le deuxième morceau, I citizen the Loathsome, très Plaid mais aussi très neuf, ouvre sur quelques notes proches d’un son de clavecin ou de harpe, un son très fin et délicat, pour un arrangement travaillé à l’extrême qui donne l’impression d’un entremêlement symphonique. A l’écran, les rues noires et sordides d’une ville d’Agleterre défilent en travelling, mais de telle sorte que ce travelling semble tourner autour d’un œil central, le nôtre. On en chopperait le tournis. Des ralentissements et accélérations accompagnent les circonvolutions soniques de la musique, jusqu’à ce qu’elle s’emballe, véritable armée de l’ombre en marche accompagnée de chœurs aux accents médiévaux, et se transforme en une danse de l’enfer, danse qui déverse un feu de guitares et de saturations machiavéliques… Où l’on comprend le caractère avide du bébé… Sublime. Plaid, nous voyant bien alléché, donne le coup de grâce musical en nous assénant un The launching of big face aussi somptueux sur écran que sur platines. Au troisième round à peine, on était déjà KO. Un petit mot tout de même de l’ambiance visuelle du morceau, que vous vous imaginerez parfaitement si vous avez déjà joué au cyclographe, cette espèce de règle à faire des ronds et des ovales qui se chevauchent pour donner d’élégantes formes organiques. Ici, le principe est le même, sauf qu’en guise de crayon nous avons une peinture de sang, dessinant quelque chose qui tient autant de la chauve-souris que du papillon. Il nous paraît de plus en plus évident que cet alliage du merveilleux et de l’horrible est la marque de fabrique de cet album. Le son quand à lui est fait de nappes de synthé (comme souvent chez Plaid), sur lequel dansent en motifs mélodieux diverses sons clair, d’atmosphère enfantine, et des sons beaucoup plus ambigus, sons flous et étranges, qui dessinent à l’horizon d’inquiétantes perspectives. ZN Zero égrène les images bicéphales d’une grande ville en activité, façon « big cities nights », qui nous convainc moins par son originalité. Mais là aussi la musique est à la mesure de l’image, ballade monotone, sans les montées fulgurantes des deux morceaux précédents. The return of super Barrio distille un son nettement plus chaud, rappellant les touches de hip-hop, de xylophone et d’exotisme du Kortisin ou encore de Myopia sur l’album Not for Threes.  En dix ans, Plaid n’a pas tant évolué, c’est un reproche qu’on peut leur faire, indubitablement. Mais tout de même ce qui frappe est l’agencement parfaitement narratif du morceau, calquant complètement la vidéo, récit d’un super héros d’un quartier pauvre de Mexico - le Bario- , en lutte contre le grand capitalisme. « Greedy Baby, c’est un commentaire sur la société de consommation, sur le fait que les gens ne sont jamais satisfaits » expliquait Ed Hanley, l’autre moitié de Plaid (la première étant Andy Turner), dans une interview à Chronicart. Après une interlude, on se retouve dans un morceau très différent, flirtant avec les atmosphères célestes et ambiant d’un Eno, alors que l’image nous présente un paysage de lumière, que l’on pénètre magiquement par un trou de forêt. Super positions et To évoquent quant à eux, au niveau sonore, les incantations de magie noire d’Aphex twins, alors leurs pendants visuels nous présentent une face plus classique car plus proche de l’habituel veejayng : le premier est un kaleidoscope de lumière, quand l’autre présente une nuée d’oiseaux sous un ciel de feu. Et puis pour tous ceux qui ne les ont pas vus, le DVD comporte en outre 4 bonus dont trois clips de l’excellent album Double Figure, sorti en mai 2001. Globalement, un Plaid qu’on trouvera un poil plus calme, peut-êre un poil plus émotif, mais pas foncièrement différent, ni mieux ni moins bien. Du bon Plaid, qu’on est content de retrouver !

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